L’ouverture des modes

De Myriam Lambert

Avec les résidences Plein Jeu, nous avons pensé une approche interdisciplinaire qui permet d’intégrer l’orgue midifié dans des modes de création initiés par la pratique des arts visuels.

Pour enrichir les échanges, diversifier les méthodologies et les processus de création, nous avons sélectionné des artistes d’horizons variés et avons créé des collectifs ad hoc. À plus long terme, nous souhaitons que les recherches et les créations qui découlent de ce projet puissent influer sur certains concepts, méthodes et procédures liés à l’instrument et ainsi contribuer à la mixité des disciplines.

À l’occasion de la programmation conçue pour Plein Jeu en 2020 et 2021, les artistes ont créé en trio, en duo ou en solo, en s’influençant les uns les autres, d’une résidence à l’autre. Ils se sont retrouvés sur des territoires nouveaux, issus de la conjugaison de leurs façons de faire respectives et des possibilités de rencontres offertes par des interfaces informatiques. Ils ont apprivoisé de nouveaux outils, de nouveaux matériaux et ont cherché à s’y retrouver, ensemble.

Pour certaines pièces, par le biais des dispositifs inventés, ils ont éprouvé ce qu’un humain ne peut effectuer physiquement sur l’instrument. Par exemple, l’usage simultané de l’étendue des claviers, des pédaliers, des boîtes expressives et de bien d’autres accessoires a été mis à l’épreuve. Combinaisons et changements de jeux, modulations de tremblements, trémolo, crescendo : les vastes possibilités programmables électroniquement ont été arpentées et ont offert une immense liberté aux artistes. Bien qu’elle ait parfois été vertigineuse, cette latitude a aussi été hautement propice à la création sonore.

Les œuvres créées en studio à partir de divers dispositifs et du logiciel Hauptwerk ont ensuite été expérimentées, éprouvées et ajustées par les artistes sur l’orgue à tuyaux midifié du Palais Montcalm.

 

Interstices ductiles

Artistes : Simon Elmaleh, Nataliya Petkova, Jocelyn Robert et Vincent Thériault

Avatar a accueilli et accompagné dans ses studios les artistes de la résidence Interstices ductiles de septembre 2020 à février 2021.

De l’improvisation individuelle et collective à partir du dispositif imaginé par l’autre à la composition attentive, nombre de pièces contemplatives et immersives ont été créées en studio, puis enregistrées au Palais Montcalm lors de cette résidence. Josiane Roberge a plongé dans leur univers et a réalisé une œuvre vidéographique qui bat au rythme d’une sélection faite parmi les pistes d’Interstices ductiles.

Œuvres sonores de Simon Elmaleh, Jocelyn Robert et Vincent Thériault

Œuvre vidéographique Interstices ductiles de Josiane Roberge

Musique pour sièges vides

Artistes : Bruno Bouchard, Benoit Fortier et Philip Gagnon

La résidence Musique pour sièges vides s’est déroulée intensivement du 23 février au 3 avril 2021, puis périodiquement jusqu’à novembre 2021. Elle a donné naissance à une performance qui oscille entre le jeu, la scénographie, le théâtre et l’art sonore.

Utilisant une quinzaine de dispositifs, les artistes ont substitué les claviers et pédaliers de l’orgue du Palais Montcalm pour des microphones, des capteurs de distance, des caméras et des sièges de la salle Raoul-Jobin. Ainsi, en manipulant ces dispositifs et ces fauteuils connectés, les performeurs ont fait bourdonner l’instrument et le Palais de divers harmoniques.

Documentation de la performance Musique pour sièges vides : réalisation et montage, par Felippe Martín

Performance de Bruno Bouchard, Benoit Fortier et Philip Gagnon

Vicomte de rien

Artiste : Jocelyn Robert

La résidence Vicomte de rien s’est effectuée de novembre 2020 à juin 2021 dans l’atelier de l’artiste. Les pièces ont ensuite été enregistrées au Palais Montcalm, par Avatar, et manipulées à nouveau en studio, par Jocelyn Robert.

Les recherches et créations faites en collaboration avec Jocelyn Robert dans le cadre de la résidence Interstices ductiles ont été prolifiques. Cela dit, l’artiste a aussi créé individuellement certaines pièces qui ne pouvaient passer sous le radar de Plein Jeu.

En effet, les neuf pièces issues de la résidence solo Vicomte de rien s’affirment en toute lenteur; chaque son, chaque geste et chaque silence y évoque à la fois l’indigence, la mélancolie et la bienveillance. Pour la création de ces œuvres, Jocelyn Robert a sournoisement été influencé par les réflexions sur les rapports entre vie et règles de vie que Giorgio Agamben formule dans son essai De la très haute pauvreté.

De son côté, avec ses neuf délicats plans-séquences, Julie Bouffard a attentivement proposé une interprétation visuelle des pièces composant Vicomte de rien.

Œuvre vidéographique Vicomte de rien de Julie Bouffard

Œuvres sonores de Jocelyn Robert

Dans son texte Spéléologie dans les ondulations de l’orgue, Louise Boisclair décrit les images qu’évoquent chacune des pièces de Vicomte de rien. 

De son côté, par sa curiosité de chargée de projet ayant travaillé à la préparation de Plein Jeu, Pascale LeBlanc Lavigne observe l’instrument et sa midification à travers une lecture technique faisant un parallèle entre l’orgue et le corps humain.

Pour terminer, en parallèle des résidences, Andrée-Anne Laberge a, pour sa part, réfléchi sur les notions de plaisir, de langage, d’improvisation et de responsabilités partagées en contexte de création collective, ce qu’elle a fait dans un écrit intitulé Lorsque le « Je » et le « Nous » se rencontrent.